Dans le cadre de mes fonctions de supervision académique à l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM), j’accompagne les auditeurs de justice dans leurs travaux de lecture critique. Je partage ici la fiche de lecture rédigée par Hendje Martin Jr, Auditeur de Justice Judiciaire, consacrée à l’un des plus grands classiques de la littérature universelle : Le Prophète de Khalil Gibran.
Situation de l’œuvre
Le Prophète est un ouvrage de la littérature arabe, et plus précisément libanaise, écrit par Khalil Gibran — écrivain, poète et artiste libano-américain né le 6 janvier 1883 à Bcharré (Moutassarifiat du Mont-Liban) et mort le 10 avril 1931 à New York. Publié en 1923 aux éditions Alfred A. Knopf à New York, le livre a depuis été réédité de nombreuses fois et traduit dans plus de 40 langues. Il est aujourd’hui unanimement reconnu dans les cénacles littéraires comme un véritable chef-d’œuvre atemporel.
Le genre littéraire adopté rappelle Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, bien que le contenu des deux œuvres soit très différent.
Les personnages et leurs liens
Al Mustafa, figure idéalisée du Sage (« l’élu de Dieu » en arabe), le fameux « Prophète »
Orphalèse, la ville fictive où se déroule l’histoire
Almitra, première habitante de la ville à interroger le Prophète
Le sage est sur le point de quitter la ville d’Orphalèse. Les habitants, attachés à sa sagesse, l’assaillent de questions sur des thématiques essentielles : le mariage, la vie, la mort.
Thèmes majeurs
À travers les questions des habitants d’Orphalèse, l’œuvre aborde, sous une apparente diversité, des thématiques atemporelles et contemporaines, fondamentales voire existentielles, et jamais véritablement résolues dans la vie d’un homme : le mariage, la nourriture, la boisson, le travail, la joie et la peine.
Résumé
Le Prophète de Khalil Gibran est une œuvre philosophique et poétique publiée en 1923. Elle raconte les derniers moments d’Al Mustafa, un sage vivant depuis plusieurs années dans la ville imaginaire d’Orphalèse. Alors qu’un navire vient enfin le ramener dans son pays natal, les habitants de la ville, attachés à sa sagesse, viennent l’assaillir en lui demandant de leur livrer ses ultimes conseils. Ils lui posent dès lors une myriade de questions.
Le livre se présente comme une suite de discours dans lesquels Al Mustafa répond aux interrogations des habitants sur les grands thèmes de la vie : l’amour, le mariage, les enfants, le travail, la liberté, la joie, les peines, le bien, le mal, la religion, la mort, ou encore le rapport de l’homme à la temporalité. À travers les enseignements du Prophète, l’auteur invite le lecteur à réfléchir sur sa condition humaine et sur la quête d’harmonie intérieure.
L’un des messages saillants de l’œuvre est que l’homme doit apprendre à vivre en équilibre avec lui-même, avec les autres et avec le monde. L’amour ne doit pas être une possession mais une liberté ; la souffrance n’est pas qu’une épreuve, elle permet la connaissance de soi-même ; et la mort n’est pas une fin absolue, mais une continuité du voyage spirituel.
Impressions personnelles
Une œuvre finie est appelée à rentrer dans l’infini et à retomber dans l’oubli — ou l’éternité, selon la perspective.
Le chef-d’œuvre de Khalil Gibran s’inscrit incontestablement dans le sillage des œuvres littéraires qui, après être entrées dans l’infini, ont accédé à l’éternité littéraire. À travers les thèmes universels qu’il aborde — l’amour, la souffrance, la mort —, l’auteur a touché des réalités intemporelles qui transcendent son époque.
Il est par ailleurs difficile de ne pas faire un rapprochement entre la figure idéalisée, presque messianique, d’Al Mustafa et celle du Christ, qui vivait lui aussi parmi les hommes et les enseignait par le biais de paraboles. Le départ du Prophète de la ville rappelle d’ailleurs cette dimension messianique : au moment où il s’apprête à quitter Orphalèse, les habitants se rassemblent autour de lui pour recevoir ses dernières paroles, à la manière des disciples du Christ recueillant ses ultimes enseignements.
On retrouve également, chez l’un comme chez l’autre, une vision profondément humaniste et spirituelle de l’amour. Comme le Christ, Al Mustafa prêche un amour libéré de la possession, fondé sur le partage, le pardon et l’élévation intérieure. Tous deux présentent la souffrance comme une transformation spirituelle, et tous deux voient la mort comme le commencement d’un nouveau voyage.
Passages marquants
Sur l’amour : « Quand l’amour vous fait signe, suivez-le, même si ses voies sont dures et escarpées. »
Sur le mariage : « Tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus : les piliers du temple se dressent à distance. »
Sur les enfants : « Vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et filles de l’appel de la vie à elle-même. »
Sur la mort : « Qu’est-ce que mourir, si ce n’est se tenir nu dans le vent et se fondre dans le soleil ? »
Cette fiche de lecture a été rédigée par Hendje Martin Jr, Auditeur de Justice Judiciaire, sous ma supervision, dans le cadre des travaux académiques de l’ENAM. Vous pouvez la télécharger intégralement ci-dessus.

